Moins de pixels, plus de regard
Hier, je suis parti photographier avec un seul appareil en poche : mon Light Phone III. Pas de boîtier, pas d'objectif de rechange, pas de carte mémoire à remplir. Juste une petite application que j'ai conçue, Trame, qui transforme chaque prise de vue en image noir et blanc tramée, légère comme une page de vieux journal.
Je suis rentré avec 18 images (9 photos prises avec les 2 textures PT et PX). Elles pèsent ensemble [6,7 Mo], soit moins qu'une seule photo sortie d'un smartphone récent. Et pourtant, elles me racontent la balade mieux que je ne l'espérais.
Cet article raconte le pourquoi de cette démarche. Le comment, c'est-à-dire le code, l'algorithme de tramage et les choix techniques, fera l'objet d'un article séparé sur hu-tech.ch.
Le chapiteau du cirque Knie (Lausanne) - App “Trame” sur Light Phone III
Des images de plus en plus lourdes
Nous n'avons jamais autant photographié : plus de 2’000 milliards de photos en 2025, selon une estimation reprise par PetaPixel. Les capteurs gagnent en définition, les fichiers grossissent, et presque tout finit dans un nuage qui n'a rien de vaporeux : des serveurs, des disques, de l'électricité.
Mes photos de balade ne sont pas le problème principal. Mais le geste compte : produire léger, c'est refuser l'idée que le stockage serait gratuit et infini.
Le Light Phone III, un appareil photo déjà lent
Le Light Phone III est fait pour en faire moins : ni réseaux sociaux, ni navigateur, ni courriel. Il est toujours dans ma poche et ne phagocyte pas mon attention. Son appareil photo s'inspire des compacts argentiques : un vrai déclencheur, une focale fixe, pas de zoom ni de filtre. On cadre, on appuie, on passe à autre chose.
Ces contraintes forment déjà la moitié d'une démarche slow. Il manquait l'autre moitié : une image qui assume sa simplicité jusque dans son fichier.
Sculpture “Ouverture au monde” d’Ángel Duarte (Lausanne)
Pourquoi la photo tramée?
La trame est une vieille ruse d'imprimeur : traduire une photographie en points que l'œil recompose en nuances de gris. Pendant près d'un siècle, c'est ainsi que les images ont circulé dans les journaux. À l'origine, c'est donc une technique de sobriété : faire passer le maximum avec le minimum.
Une image tramée ne prétend pas être la réalité. Elle montre sa fabrication, et c'est peut-être pour cela qu'elle invite à regarder plus longtemps.
Abri à vélo du musée olympique (Lausanne)
L’app “Trame”, en trois principes
Noir et blanc uniquement. La lumière et la forme suffisent.
La trame dès la prise de vue. Pas de version « normale » cachée quelque part, pas de retour en arrière.
La légèreté comme règle. Une image pèse environ [X Ko], contre [X Mo] pour une photo standard du même téléphone.
Ce que la contrainte m'a appris hier
Sans couleur, j'ai cherché les contrastes : ombres portées, silhouettes, textures. Sans retouche possible, j'ai pris moins d'images, comme avec une pellicule de 24 poses. Et j'ai rangé le téléphone plus vite, davantage dans la balade que dans sa technique.
Cabine de bain à Ouchy (Lausanne)
Photographier léger
“Trame” ne sauvera pas la planète, et ce n'est pas son propos. C'est un outil à ma mesure, qui accorde ma photographie avec ce que je défends ailleurs : une technologie qui sert, sans envahir. Des images qui pèsent peu, pour des souvenirs qui comptent.
Travaux en cours (Lausanne)
Sources
PetaPixel, The Number of Photos Taken in 2025 is Expected to Exceed Two Trillion, 18 juin 2025.
Rich Brome, The Minimalist Light Phone III Adds a Camera, Phone Scoop, 27 mars 2025.
Cornell University Library, The Rise of Mass Media.
Getty Conservation Institute, Atlas of Analytical Signatures of Photographic Processes : Halftone.